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cida du sort de ce royaume se donna aux environs de Cadix, près de la ville de Xérès, rendue célèbre par cet événement[1] ; [Leur victoire. Juillet 19-25.]la petite rivière de Guadalète, qui va tomber dans la baie, séparait les deux camps, et ce fut à obtenir ou à perdre la possession de ses deux rivages que se bornèrent les avantages et les désavantages de trois journées consécutives, consacrées à de sanglantes escarmouches ; mais le quatrième jour, les deux armées se livrèrent une bataille sérieuse et décisive. Alaric aurait rougi de voir son indigne successeur, la tête ornée d’un diadème de perles, enveloppé d’une longue robe brodée d’or et de soie, négligemment couché sur une litière ou sur un char d’ivoire traîné par deux mules blanches. Les Sarrasins, malgré leur valeur, furent accablés sous le nombre, et seize mille d’entre eux jonchèrent la terre de leurs cadavres. « Mes frères, dit Tarik aux troupes qui lui restaient, l’ennemi est devant vous, la mer est par derrière. Où pourriez-vous vous retirer ? Suivez votre général ; j’ai résolu de mourir ou de fouler aux pieds le roi des Romains. » L’intrépidité de son désespoir n’était pas sa seule ressource ; il espérait beaucoup de la correspondance secrète et des entrevues nocturnes du comte Julien avec les

  1. Xérès (la colonie romaine d’Asta Regia) n’est qu’à deux lieues de Cadix ; elle était au seizième siècle un des greniers du pays ; et le vin de Xérès est aujourd’hui connu chez toutes les nations de l’Europe (Lud. Nonii Hispania, c. 13, p. 54-56, ouvrage très-exact et très-concis). D’Anville (États de l’Europe, etc., p. 154).