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sans légèreté et ses supérieurs sans embarras[1]. La liberté des Sarrasins survécut à la conquête de leur pays : les premiers califes souffrirent la franchise hardie et familière de leurs sujets ; ils montaient en chaire pour persuader et édifier la congrégation, et ce ne fut qu’après qu’on eut transféré le siége de l’empire sur les bords du Tigre, que les Abbassides adoptèrent l’orgueilleux et pompeux cérémonial de la cour de Perse et de celle de Byzance.

Guerres civiles et vengeances particulières.

Dans l’étude des nations et des hommes, il faut chercher les causes qui tendent à les rapprocher ou les désunir, qui rétrécissent ou étendent, qui adoucissent ou aigrissent le caractère social. Les Arabes, séparés du reste des hommes, se sont habitués à confondre les idées d’étrangers et d’ennemis, et la pauvreté de leur soi a introduit parmi eux une maxime de jurisprudence qu’ils ont toujours adoptée et toujours pratiquée. Ils prétendent que dans le partage de la terre, les autres branches de la grande famille ont obtenu les climats riches et heureux, et que la postérité d’Ismaël, proscrite et bannie, a le droit de reprendre, par l’artifice et la violence, la portion d’héritage dont on l’a privée injustement. Selon la remarque de Pline, les tribus d’arabes sont également adonnées au vol et au commerce ; elles rançonnent ou pillent les caravanes qui traversent le désert ; et dès le temps de

  1. Je dois rappeler au lecteur que d’Arvieux, d’Herbelot et Niebuhr, peignent des plus vives couleurs les mœurs et le gouvernement des Arabes, et que divers passages de la vie de Mahomet jettent du jour sur ces objets.