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séduite ou violée par son souverain, et que ce père sacrifia à la vengeance sa religion et son pays. Les passions des princes se sont montrées souvent déréglées et dangereuses ; mais ce conte si connu, et très-romanesque par lui-même, n’est d’ailleurs soutenu que par d’assez faibles preuves, et l’histoire d’Espagne peut offrir des motifs d’intérêt et de prudence plus capables de faire impression sur l’esprit d’un vieux politique[1]. [État de la monarchie des Goths.]Après la mort ou la déposition de Witiza, ses deux fils avaient été écartés du trône par l’ambition de Roderic, Goth d’une noble famille, et dont le père, duc ou gouverneur d’une province, avait été victime de la tyrannie du règne précédent. La monarchie était toujours élective ; mais les fils de Witiza, élevés sur les marches du trône, ne pouvaient supporter la condition privée à laquelle on venait de les réduire. Leur ressentiment, caché par la dissimulation des cours, n’était que plus dangereux. Leurs partisans étaient excités par le souvenir des faveurs qu’ils avaient reçues jadis, par

    prouver. Des évêques se seraient-ils ligués pour une fille ? (Hist. génér., c. 26). Cet argument n’est pas logiquement d’une grande force.

  1. Il paraît que dans l’histoire de Cava, Mariana (l. VI, c. 21, p. 241, 242) veut lutter contre le récit que fait Tite-Live de l’histoire de Lucrèce. À l’exemple des anciens, il cite rarement ses auteurs ; et le témoignage le plus ancien indiqué par Baronius (Annal. ecclés., A. D. 715, no 19), celui de Lucas Tudensis, diacre gallicien du treizième siècle, qui dit seulement, Cava quam pro concubinâ utebatur.