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homme d’état et comme orateur, le tira bientôt de la classe des particuliers. Ce fut à son puissant appui, soit dans les conseils ou à l’armée, que les Ommiades durent l’affermissement de leur grandeur. Moawiyah, reconnaissant, rendit le gouvernement et l’administration des finances de l’Égypte à un ami fidèle qui de lui-même s’était élevé au-dessus du rang d’un simple sujet, et Amrou termina sa carrière dans le palais et la ville qu’il avait fondés sur les bords du Nil. Les Arabes citent comme un modèle d’éloquence et de sagesse le discours qu’il adressa à ses enfans au lit de la mort : il y déplora les erreurs de sa jeunesse ; mais pour peu qu’il eût conservé un reste de vanité de poète[1], il put s’exagérer le venin et le danger de ses anciennes satires contre l’islamisme.

Invasion de l’Égypte. A. D. 638. Juin.

Amrou campait dans la Palestine, lorsque ayant surpris la permission du calife, ou peut-être même sans l’attendre, il se mit en route pour faire la conquête de l’Égypte[2]. Le magnanime Omar comptait

  1. Voyez sur la vie et le caractère d’Amrou, Ockley (Hist. of the Saracens, vol. I, p. 28, 63, 94, 328, 342, 344, et à la fin du volume ; vol. II, p. 51, 55, 57, 74, 110, 112, 162), et Otter (Mém. de l’Acad. des inscr., t. XXI, p. 131-132). Les lecteurs de Tacite rapprocheront sans doute Vespasien et Mucien de Moawiyah et d’Amrou. Au reste, l’analogie est encore plus dans la position que dans le caractère de ces personnages.
  2. Al-Wakidi a composé aussi une histoire particulière de la conquête d’Égypte, que M. Ockley n’a pu se procurer ; et les recherches de ce dernier (vol. I, p. 344-362) ont ajouté très-peu de chose au texte original d’Eutychius