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découvrit au milieu du carnage l’objet de sa constante poursuite ; mais ce dernier acte de sa perfidie avait mis le comble au ressentiment d’Eudoxie : s’efforçant de se débarrasser de ses odieuses caresses, elle se plongea un poignard dans le cœur. Une autre femme, la veuve de Thomas, qu’on a prétendu, je ne sais si c’est à tort ou à raison, être la fille d’Héraclius, fut épargnée aussi et renvoyée sans rançon ; mais ce fut par mépris que Caled se montra si généreux, et un insultant message porta jusqu’au trône des Césars les défis de cet orgueilleux Sarrasin. Après avoir fait plus de cent cinquante milles dans la province romaine, il retourna à Damas avec la même rapidité et le même secret. Omar, en montant sur le trône, lui ôta le commandement ; mais si le calife blâma la témérité de son entreprise, il donna des éloges à la vigueur et à la sagesse de son exécution.

Foire d’Abyla.

Une autre expédition des vainqueurs de Damas montra également leur avidité et leur mépris pour les richesses de ce monde. Ils apprirent que la foire d’Abyla[1] qui se tenait à environ trente milles de la ville, réunissait chaque année les productions naturelles et les produits de l’industrie de toute la Syrie, qu’une multitude de pèlerins allait, à cette

  1. Dair Abil Kodos. Après avoir retranché le dernier mot, qui est une épithète, et qui signifie saint, je découvre l’Abyla de Lysanias, située entre Damas et Héliopolis. Le nom (Abil signifie une vigne) concourt avec la situation à justifier ma conjecture (Reland, Palest., t. I, p. 317 ; t. II, p. 525-527).