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zèle et sa dévotion sans les affaiblir ; mais dès que la guerre prenait de l’importance, les soldats réclamaient le génie supérieur de Caled ; et, quelque pût être le choix du prince, le glaive de Dieu se trouvait, dans le fait et dans l’opinion, le premier général des Sarrasins. Au reste, ce Caled si renommé obéissait sans répugnance, et on le consultait sans jalousie : tel était le dévouement de ce guerrier, ou plutôt celui de son temps, qu’il se déclarait prêt à servir sous la bannière de la foi, fût-elle entre les mains d’un enfant ou d’un ennemi. La gloire et les richesses étaient promises sans doute au musulman victorieux ; mais on avait eu soin de lui répéter que s’il cherchait dans les biens de ce monde les seuls motifs de ses actions, ils seraient aussi sa seule récompense.

Siége de Bosra.

La vanité romaine avait décoré du nom d’Arabie[1] celle des quinze provinces de la Syrie qui comprenait les terres cultivées à l’orient du Jourdain, et les premières invasions des Sarrasins semblèrent justifiées par une sorte de droit national. Ce canton s’enrichissait des fruits d’un commerce varié ; les empereurs avaient eu soin de le couvrir d’une ligne de forts, et la solidité des murs de Gerase,

  1. Hinc Arabia est conserta, ex alio latere Nabathœis contigua ; opimâ varietate commerciorum, castrisque oppleta validis et castellis, quæ ad repellendos gentium vicinarum excursus, sollicitudo perviget veterum per opportunos saltus erexit et cautos. (Amm.-Marcell., XIV, 8 ; Reland, Palest., t. I, p. 85, 86.)