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Damas, les princes de la maison d’Ommiyah se montrèrent dénués tout à la fois des talens de la politique et des vertus de la sainteté[1]. Cependant on apportait sans cesse au pied de leur trône les dépouilles de nations qui leur étaient inconnues, et l’accroissement continu de la puissance des Arabes doit être attribué au courage de la nation plutôt qu’aux talens de ses chefs. Sans doute on doit compter pour beaucoup dans leurs succès la faiblesse de leurs ennemis. La naissance de Mahomet s’était trouvée heureusement placée à l’époque du dernier degré de l’abàtardissement et du désordre des Persans, des Romains et des Barbares de l’Europe. L’empire de Trajan ou même celui de Constantin ou de Charlemagne aurait repoussé ces Sarrasins à demi nus, et le torrent du fanatisme se serait perdu sans fracas dans les déserts de l’Arabie.

Leurs conquêtes.

À l’époque des victoires de la république de Rome, le sénat s’était toujours attaché à réunir sur une seule guerre toutes ses forces et tous ses moyens politiques, et à étouffer complètement un premier ennemi avant d’en provoquer un second. La magnanimité ou l’enthousiasme des califes arabes dédaigna ces timides maximes : ils envahirent avec la même vigueur et le même succès les domaines des succes-

  1. Voyez leurs règnes dans Eutychius (t. II, p. 360-395), Elmacin (p. 59-108), Abulpharage (Dynast. IX, p. 124-139), Abulféda (p. 111-141), d’Herbelot (Bibl. orient., p. 691), et les articles particuliers de cri ouvrage qui sont relatifs aux Ommiades.