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et exercer l’obéissance du peuple ; et sa doctrine trop raisonnable de l’unité et des perfections de Dieu était la seule chose qui pût s’opposer à ses progrès. [Permanence de sa religion.]Il ne faut pas être surpris de l’établissement, mais de la stabilité de sa religion. Douze siècles se sont écoulés, et les peuples d’une partie de l’Inde et de l’Afrique, et tous les sujets turcs de l’empire ottoman, ont conservé la pureté de la doctrine qu’il prêcha à la Mecque et à Médine. Si les apôtres saint Pierre et saint Paul revenaient au Vatican, ils demanderaient peut-être le nom de la divinité qu’on adore dans ce temple magnifique, avec tant de cérémonies mystérieuses : le culte d’Oxford ou de Genève les étonnerait moins ; mais ils seraient toujours obligés de s’instruire du catéchisme de l’Église et d’étudier les longs commentaires qu’on a publiés sur leurs écrits et sur les paroles de leur maître ; mais la mosquée de Sainte-Sophie représente, seulement avec plus de magnificence et des proportions plus étendues l’humble tabernacle élevé à Médine par les mains de Mahomet. Tous les musulmans ont résisté à la tentative d’abaisser les objets de leur foi et de leur dévotion au niveau des sens et de l’imagination de l’homme. « Je crois en un seul Dieu, et Mahomet est l’apôtre de Dieu ; » tel est leur simple et invariable profession de foi. Ils n’ont jamais dégradé par aucun simulacre l’image intellectuelle de la Divinité ; les honneurs rendus au prophète n’ont jamais excédé ceux que méritent les vertus humaines ; et les préceptes toujours vivans dans les cœurs ont contenu