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Succès de Mahomet.

Les talens de Mahomet sont dignes de nos éloges, mais peut-être a-t-on accordé trop d’admiration à ses succès. Faut-il s’étonner qu’une foule de prosélytes aient embrassé la doctrine et partagé les passions d’un fanatique éloquent ? Depuis le temps des apôtres jusqu’à celui de la réforme, tous les hérésiarques ont employé la même séduction avec le même succès. Est-il donc incroyable qu’un particulier se soit saisi du glaive et du sceptre, qu’il ait subjugué ses compatriotes, et que ses armes victorieuses aient fondé une monarchie ? Dans les révolutions des dynasties de l’Orient, cent usurpateurs se sont élevés d’une extraction plus basse, ont vaincu de plus grands obstacles, fait de plus vastes conquêtes et possédé des empires plus étendus. Mahomet savait également prêcher et combattre, et la réunion de ces qualités opposées en apparence ajoutait à sa gloire et contribuait à son triomphe. Les divers moyens de la force et de la persuasion, du fanatisme et de la crainte, agissant continuellement les uns sur les autres, firent enfin céder toutes les barrières à leur irrésistible pouvoir. Sa voix appelait les Arabes à la liberté et à la victoire, à la guerre et aux rapines, à la jouissance en ce monde, et dans l’autre, des plaisirs qu’ils chérissent le plus : les privations qu’il imposa étaient nécessaires pour établir le crédit du prophète

    et Niebuhr (Descript. de l’Arabie, p. 9-16, 317, etc.) donnent des détails exacts sur la situation actuelle de la famille de Mahomet et d’Ali. Il est fort à regretter que le voyageur danois n’ait pu acheter les Chroniques de l’Arabie.