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Charegites, fanatiques désespérés, qui rejetaient le joug de la subordination et celui de la raison, les Arabes qui, nés libres, demandaient qu’on réformât les abus dont ils se plaignaient, et qu’on punît les oppresseurs. Cufa, Bassora, l’Égypte et les tribus du désert armèrent leurs guerriers ; ils vinrent camper à environ une lieue de Médine, et déclarèrent impérieusement à leur souverain qu’il devait leur faire justice ou descendre du trône. Son repentir commençait à désarmer et à disperser les insurgens ; mais l’artifice de ses ennemis ralluma leur fureur ; et un perfide secrétaire se laissa engager à un faux qui perdit Othman de réputation, et précipita sa chute. Le calife avait perdu l’estime et la confiance des musulmans, seule garde de ses prédécesseurs : un blocus de six semaines le réduisit à manquer d’eau et de vivres, et les faibles portes du palais ne se trouvèrent défendues que par les scrupules de quelques rebelles plus timorés que les autres. Abandonné de ceux qui avaient abusé de sa facilité, le vénérable calife, laissé sans défense, n’eut plus qu’à attendre la mort : le frère d’Ayesha se présenta à la tête des assassins ; ils trouvèrent Othman le Koran placé sur sa poitrine, et le percèrent de mille coups. [Mort d’Othman. A. D. 655. Juin 18.]Après cinq jours d’anarchie, l’inauguration d’Ali apaisa le tumulte ; le refus de la couronne aurait produit un massacre général. Dans cette position critique, il soutint la fierté qui convenait au chef des Hashémites, il déclara qu’il aurait mieux aimé servir que régner ; il s’éleva contre la présomp-