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Après un règne de deux ans, le vieux calife entendit la voix de l’ange de la mort. Dans son testament, et de l’aveu tacite de ses compagnons, il confia le sceptre à l’inébranlable et intrépide vertu d’Omar. « Je n’ai pas besoin de cette dignité », dit le modeste musulman. « Mais la dignité a besoin de vous, » lui répondit Abubeker, qui mourut en priant avec ferveur que le Dieu de Mahomet voulût bien ratifier son choix, et inspirer aux musulmans la concorde et la soumission. [D’Omar. A. D. 634. Juillet 24.]Sa prière fut exaucée, car Ali se consacra à la solitude et à la prière, et il fit profession de respecter le mérite et la dignité de son rival, qui le consola de la perte de l’empire par les marques les plus flatteuses de confiance et d’estime. Omar fut assassiné la douzième année de son règne. Craignant de charger sa conscience des péchés de son successeur, il ne voulut nommer au trône ni son fils ni Ali, et laissa à six de ses plus respectables compagnons le soin difficile de choisir un commandeur des croyans. Ali fut encore blâmé par ses amis[1] d’avoir permis que ses droits fussent soumis au jugement des hommes, et d’avoir reconnu leur juridiction en acceptant une place parmi les six électeurs.

  1. Particulièrement par son ami et son cousin Abdallah, fils d’Abbas, qui mourut (A. D. 687) avec le titre de grand docteur des musulmans. Selon Abulféda, il récapitule ces occasions importantes où Ali avait négligé ses salutaires avis (p. 76, vers. Reiske) ; et il conclut ainsi (p. 85) : O princeps fidelium, absque controversia tu quidem vere fortis es, at inops boni concilii, et rerum gerendarum parum callens.