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nir un moyen de défense plus sérieux et plus décent ; durant les vingt-quatre années de leur mariage, il ne fit, malgré sa jeunesse, aucun usage de son droit de polygamie, et l’orgueil ou la tendresse de la respectable matrone n’eut jamais à souffrir l’association d’une rivale. Après sa mort, il la plaça au rang des quatre femmes parfaites, dont les trois autres étaient la sœur de Moïse, la mère de Jésus, et Fatime, la plus chérie de ses filles. « N’était-elle pas vieille ? lui dit un jour Ayesha, avec l’insolence d’une beauté brillante de jeunesse ? et Dieu ne l’a-t-il pas remplacée par une autre qui vaut mieux ? — Non de par Dieu, répondit Mahomet avec l’effusion d’une vertueuse reconnaissance, aucune femme ne peut être préférable à Cadijah ; elle a cru en moi lorsque les hommes me méprisaient ; elle a pourvu à mes besoins lorsque j’étais pauvre et persécuté par les hommes[1]. »

Et ses enfans.

En multipliant ainsi ses femmes, le fondateur d’une nouvelle religion et d’un nouvel empire avait peut-être pour objet de multiplier les chances d’une postérité nombreuse et d’une succession directe. Les espérances de Mahomet furent trompées. Ayesha, vierge lorsqu’il l’épousa, et ses dix autres femmes,

    (Deipnosophist., l. XIII, p. 556) ; et Apollodore dit qu’Hercule, qui n’avait alors que dix-huit ans, rendit mères les cinquante filles de Thestius en cinquante nuits (Bibl., l. II, c. 4, p. 111, cum notis Heyne, part. I, p. 332).

  1. Abulféda, in vit. Moham., p. 12, 13, 16, 17, cum notis Gagnier.