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chands de tous les pays du monde. Si on compare cette région privilégiée au reste de la péninsule, elle mérite la dénomination d’Arabie Heureuse, et le contraste des pays d’alentour l’a embellie, aux yeux de l’imagination, de tous les charmes de la fiction à laquelle l’éloignement a donné le crédit de la vérité ; on a supposé que la nature avait réservé à ce paradis terrestre ses faveurs les plus distinguées et ses ouvrages les plus curieux ; que les naturels y jouissaient de deux choses incompatibles, du luxe et de l’innocence ; que le sol était rempli d’or[1] et de pierres précieuses, et que la terre et la mer exhalaient des vapeurs aromatiques. [Des trois Arabies, ou de l’Arabie Déserte, de l’Arabie Pétrée et de l’Arabie Heureuse.]Les Arabes ne connaissent point cette division de l’Arabie Déserte, de l’Arabie Petrée et l’Arabie Heureuse, si familière aux Grecs et aux Latins ; il est assez singulier qu’un canton qui n’a changé ni de langage ni d’habitans conserve à peine quelques vestiges de son ancienne géographie. Les districts maritimes de Bahrein et d’Oman sont en face de la Perse. Le royaume d’Yémen fait connaître les limites ou du moins la situation de l’Arabie Heureuse : le nom de Neged s’étend sur l’intérieur des terres, et la naissance de Mahomet a illustré la pro-

  1. Agatharcides assure qu’on y trouvait des morceaux d’or vierge, dont la grosseur variait depuis celle d’une olive jusqu’à celle d’une noix ; que le fer y valait deux fois, et l’argent dix fois plus que l’or (De mari Rubro, p. 60). Ces trésors réels ou imaginaires se sont évanouis, et l’on ne connaît pas maintenant une seule mine d’or en Arabie. (Niebuhr, Description, p. 124.)