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lois qu’il avait imposées à son peuple ; toutes les femmes, sans réserve, furent abandonnées à ses désirs ; cette singulière prérogative excita l’envie plutôt que le scandale, et la vénération plutôt que l’envie des dévots musulmans. [Ses femmes.]En nous rappelant les sept cents femmes et les trois cents concubines du sage Salomon, nous louerons la modération du prophète arabe, qui n’épousa que quinze ou dix-sept femmes : ou en compte onze qui avaient chacune leur appartement séparé autour de la maison de l’apôtre, et qui obtenaient à leur tour la faveur de sa société conjugale. Ce qu’il y a de singulier, c’est qu’elles étaient toutes veuves, si l’on excepte Ayesha, fille d’Abubeker. Celle-ci était vierge, sans doute lorsqu’il l’épousa ; car telle est la propriété du climat pour avancer l’âge de puberté, qu’elle n’avait que neuf ans lorsqu’il consomma son mariage : la jeunesse, la beauté, le courage d’Ayesha lui assurèrent bientôt la supériorité sur ses compagnes : le prophète lui accorda son amour et sa confiance ; et après la mort de son mari, la fille d’Abubeker fut long-temps révérée comme la mère des fidèles. Sa conduite fut équivoque et imprudente ; dans une marche de nuit, elle fut par hasard laissée en arrière, et le matin elle rentra au camp accompagnée d’un homme. Mahomet était disposé à la jalousie ; mais une révélation l’assura de l’innocence de sa femme ; il châtia ses accusateurs, et publia cette loi si favorable à la paix des ménages, qu’aucune femme ne serait condamnée si quatre hommes ne l’avaient vue dans l’acte d’adul-