en lui un désir plus intense de lui voir déployer ses ailes et partir, l’emportant au but. Les trente lieues à franchir n’étaient qu’un jeu pour sa « frégate ». Il la savait capable de couvrir cet espace en moins de deux heures… Oui ! deux heures de vol, et il serait près de Jeanne ! Il renseignerait le colonel Sauzède, bloqué dans la place et privé de toutes nouvelles sur l’extérieur. Et l’obsession fut si aiguë, qu’il s’ouvrit de sa résolution auprès d’Hervé.
Le capitaine Le Penven lui représenta l’entreprise soumise à trop de risques. Or son échec réduirait à néant, non seulement toute chance de succès ultérieur, mais laisserait encore dans un abandon coupable leur petite troupe, dont le dévouement méritait qu’elle ne fût pas inutilement sacrifiée.
— Au contraire, une fois près de Cao-Bang, l’entrée dans cette ville de l’aéroplane coopérerait au salut général. Leur escorte pourrait alors se glisser entre les bandes de pirates, ramas d’hommes levés de tous côtés, et sans cohésion entre elles. La qualité de Chinois de leurs auxiliaires rendrait la chose praticable, car ils pourraient passer pour un groupe ennemi des Français. Alors, munie d’un signe de reconnaissance et d’un mot de passe transmis aux assiégés par Roland, lors de son entrée à Cao-Bang, la petite troupe pourrait se réfugier à son tour dans la place, dès qu’elle aurait pris contact avec les avancées de la défense. Ce plan était le seul sage, raisonnable, et présentait le maximum de chances de succès.