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PIEUX FRAGMENT
du journal d’une parisienne

J’ai, je peux le dire, de l’humilité chrétienne, non pas niaise et aveugle, entendons-nous, mais raisonnable et éclairée. Je n’embrasse pas les paillassons crottés comme Emma pendant la semaine sainte, cela est certain, et j’avoue hautement que j’ai quitté un de mes directeurs, parce qu’il s’échappait de son confessionnal des miasmes intolérables ; c’était une odeur impossible à définir, mais écœurante à l’excès, une odeur… Oh ! je l’ai quitté, et cependant pour la pureté des sentiments, l’expérience du cœur, c’était un directeur excellent. Je me souviens que maman me dit (j’étais jeune fille alors) :

« Mais, ma chère amie, c’est un enfantillage ! Qu’est-ce qu’il sent donc, ce bon abbé ? »

Que voulez-vous répondre à cela ?

« Te souviens-tu, dis-je à maman, de ce jour où nous sommes montées en omnibus ? Eh bien, le bon abbé*** (n’allez pas croire que je vais dire son nom) sent l’omnibus ; mais il y a une nuance… en plus. » Maman se fâcha tout rouge, et voulut m’obliger à conserver mon directeur ; mais je déclarai tout net que je préférais embrasser le protestantisme, et, je me connais, je l’aurais embrassé.

C’eût été un coup de tête impie que je me serais reproché toute ma vie, car je ne crois pas qu’on puisse trouver le bonheur dans le protestantisme ; mais aussi pourquoi m’obliger à des choses qui répugnent à la sensibilité de ma nature ? Et puis, en quoi pouvait-il être agréable à Dieu que je respirasse ces miasmes ? Je suis un peu vive, je l’avoue… quand on ne m’y contraint pas ; mais, pour en revenir à ce que je disais tout à l’heure, je vous jure que j’ai une grande humilité. Quand maman était dame de charité, qu’il fallait porter des bons de pain et des consolations au sixième étage, mettre au net les rapports, consulter M. le curé, parler affaires, discuter, parfois se laisser embrasser les mains par tous ces malheureux dont nous étions la providence, supporter tous les jours la vue de la misère, etc… oui, je peux le dire : j’ai fait preuve de dévouement et d’humilité chrétienne quand maman