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VIII


Quelques brises tièdes commençaient à courir dans l’atmosphère, les rivières brisaient leur fourreau de glace, la neige s’amollissait aux rayons plus chauds du soleil. C’était la fin de l’hiver et le printemps préparait sa venue. Il s’annonça d’abord par un abominable gâchis de boue et de neige mêlées, les rues du village devinrent des fondrières infranchissables par-dessus lesquelles on jetait des ponts. Dans les champs, la neige, qui tenait encore par places, ressemblait à un vieux drap troué ; le tracé des routes et des sentiers reparaissait ; au loin les pins s’enveloppaient d’un brouillard violet ; plus près, ils reprenaient leur couleur sombre et laissaient tomber de leurs branches les derniers lambeaux de givre.