Page:Gautier - Les Cruautés de l'Amour, E. Dentu, 1879.djvu/47

Cette page a été validée par deux contributeurs.



III


Clélia eut de la peine à s’endormir cette nuit-là ; elle éprouvait une sensation étrange dans ce milieu nouveau pour elle. Après l’animation de l’existence mondaine à laquelle elle était accoutumée, il lui semblait que la vie s’était soudainement figée, comme l’ondulation de l’eau sous l’étreinte de la glace. Ce village silencieux et désert, qu’elle n’avait fait qu’entrevoir sous son manteau de neige, lui paraissait fantastique ; elle se croyait arrivée aux confins des régions polaires, et n’eût pas été étonnée de voir au bout de la plaine des banquises et des ours blancs. Involontairement, elle prêtait l’oreille pour écouter si les loups ne hurlaient pas. Elle n’était pas loin d’avoir peur et de regretter le château de Wologda, entouré de bonnes mu-