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athlètes et ne virent de plus charmants corps dans des poses les plus variées et plus heureuses ; c’étaient des groupes d’un arrangement admirable, des enlacements de couleuvre, une souplesse de Protée.

« Allons, dit Fortunio à Koukong-Alis, veux-tu bien ne pas mordre : ― regarde donc ce petit scorpion, comme il agite ses pinces ! ― Si tu as le malheur de faire encore pleurer Sacara, je te ferai pendre par les cheveux. ― Viens ici, Sacara, au lieu d’avoir une amande d’argent, tu en auras une poignée. »

Sacara s’approcha, souriant dans ses larmes et jetant un regard de triomphe sur Koukong-Alis, qui se tenait morne et sombre à sa place.

Fortunio lui remplit le pan de sa robe du précieux fruit, l’embrassa et la fit asseoir près de lui sur le divan.

Les deux almées s’avancèrent en se balançant sur leurs hanches, et dansèrent jusqu’à ce qu’elles tombassent sur le plancher haletantes et demi-mortes. ― Le lion et le tigre se battirent avec un tel acharnement, qu’il resta fort peu de chose des deux combattants. ― L’arack et l’opium firent si bien leur office que personne ne conserva sa raison au delà du terme prescrit ; la réjouissance fut complète. ― Fortunio s’endormit sur le sein de Soudja-Sari. ― Musidora l’attendit toute la nuit et dormit fort peu.