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domination française

Peu de temps après son arrivée à Québec, le 14 septembre 1685, madame de Denonville donna naissance à une fille, Marie-Anne, qui fut ondoyée le même jour par M. Henry de Bernières, curé de Québec. Les cérémonies du baptême lui furent suppléées, un mois plus tard, le 14 octobre, par Monseigneur Jean-Baptiste de la Croix de Saint-Vallier, nommé à l’évêché de Québec et qui devint le deuxième évêque de la Nouvelle-France. Les parrain et marraine furent Jean Merienne dit La Solaye et Claude de Laval, veuve de Louis Bonnedeau dit Chatellereau, « lesquels ont déclaré ne sçavoir escrire ny signer, de ce enquis suivant l’Ordonnance. » (Archives de la basilique Notre-Dame de Québec.)

On nous saura gré de transcrire ici quelques notes qui nous ont été obligeamment communiquées par M. l’abbé Hermeline, curé de Den on ville, département de l’Eure-et-Loir, en France. Elles contiennent des renseignements

    pourprées, des délires terribles et beaucoup de scorbut ; il passa dans notre Hôtel-Dieu plus de trois cents malades ; la salle des femmes était pleine d’officiers de qualité.

    « Au commencement, il en mourut vingt ; on nous les apportait même à demi-morts : nous éprouvâmes pour les soulager plusieurs remèdes, dont le meilleur fut de les saigner à la tempe ; nous en sauvâmes par là un grand nombre, qui ne donnaient plus aucune espérance de guérison, et qui, dès le lendemain de la saignée, étaient gais à merveille ; nous les renvoyâmes guéris et fort reconnaissants de nos peines ».

    « Les fatigues extrêmes que nous eûmes firent tomber malades beaucoup de religieuses. Les prêtres et religieux qui avaient le plus assisté à l’Hôpital furent aussi frappés de cette maladie, et en guérirent par la saignée à la tempe. Ceux de tous ces malades à qui on n’osa pas faire ce remède, parce qu’on désirait beaucoup les conserver, et que l’on ne voulait rien risquer, moururent fort promptement. Nous nous cachions pour saigner aussi les autres ; nous les faisions porter dans la sacristie, afin de les sauver comme à la dérobée ; et nous eûmes la consolation d’en échapper tous ceux à qui nous fîmes ce remède ».

    « Monsieur le marquis de Denonville avait amené toute sa famille, et comme Madame la marquise avait pris en France le dessein de