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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/62

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LE DÉFRICHEUR

Dès les premiers jours, la température étant favorable à l’écoulement de la sève, nos défricheurs purent en recueillir assez pour faire une bonne brâssée de sucre. Ce fut un jour de réjouissance. La chaudière lavée fut suspendue à la crémaillère, sur un grand feu alimenté par des éclats de cèdre, puis remplie aux trois quarts de l’eau d’érable destinée à être transformée en sucre. Il ne s’agissait que d’entretenir le feu jusqu’à parfaite ébullition du liquide, d’ajouter de temps en temps à la sève déjà bouillonnante quelques gallons de sève nouvelle, de veiller enfin, avec une attention continue, aux progrès de l’opération : tâche facile et douce pour nos rudes travailleurs.

Ce fut d’abord Pierre Gagnon qui se chargea de ces soins, ayant à initier son jeune maître à tous les détails de l’intéressante industrie. Aucune des phases de l’opération ne passa inaperçue. Au bout de quelques heures, Pierre Gagnon allant plonger dans la chaudière une écuelle de bois, vint avec sa gaieté ordinaire la présenter à Jean Rivard, l’invitant à se faire une trempette, en y émiettant du pain, invitation que ce dernier se garda bien de refuser.

Pendant que nos deux sucriers savouraient ainsi leur trempette, la chaudière continuait à bouillir, et l’eau s’épaississait à vue d’œil. Bientôt Pierre Gagnon, y plongeant de nouveau sa micouenne, l’en retira remplie d’un sirop doré presqu’aussi épais que le miel.

Puis, vint le tour de la tire. Notre homme, prenant un lit de neige, en couvrit la surface d’une couche de ce sirop devenu presque solide, et qui en se refroidissant forme la délicieuse sucrerie que les