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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/45

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JEAN RIVARD

qu’alors n’avait guère connu ce que c’était que le travail physique, se sentait à la fin de chaque journée tellement accablé de fatigue, tellement harassé, qu’il craignait de ne pouvoir tenir à cette vie de labeur ; mais chaque nuit il reposait si bien, enveloppé dans une peau de buffle, et couché sur le lit rustique dressé par Pierre Gagnon au fond de leur cabane, qu’il se trouvait le lendemain tout refait, tout restauré, et prêt à reprendre sa hache. Peu à peu ses muscles, devenus plus souples et en même temps plus énergiques, s’habituèrent à ce violent exercice ; bientôt même, grâce à l’air si salubre de la forêt, et à un appétit dont il s’étonnait lui-même, ses forces augmentèrent d’une manière étonnante, et ce travail des bras d’abord si dur, si pénible, devint pour lui comme une espèce de volupté.

Au milieu de ses travaux, Jean Rivard goûtait aussi quelquefois de douces jouissances. Il avait une âme naturellement sensible aux beautés de la nature, et les spectacles grandioses, comme les levers et les couchers du soleil, les magnifiques points de vue, les paysages agrestes, étaient pour lui autant de sujets d’extase.

Disons aussi que l’automne en Canada est souvent la plus belle saison de l’année, et dans les bois plus que partout ailleurs ; à cette époque les feuilles changent de couleur ; ici, elles offrent une teinte pourpre ou dorée, là, la couleur écarlate ; partout le feuillage est d’une richesse, d’une magnificence que rien n’égale.

Les travaux de déboisement ne furent suspendus qu’une seule journée, vers le milieu de novembre, pour permettre à nos défricheurs de retourner avant