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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/35

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JEAN RIVARD

ta façon ? Ou serais-tu absorbé par hasard dans l’étude du droit ? Ou, ce qui est plus probable, serais-tu tombé en amour comme moi ? Tu ris, et tu ne me croiras pas quand je te dirai que depuis six mois je suis amoureux fou… et divine de qui ?… Écoute : tu te souviens de la petite Louise que nous trouvions si gentille, pendant nos vacances ? Eh bien ! depuis ton départ, elle a joliment grandi ; si tu la voyais le dimanche à l’église, avec sa robe de couleur rose, la même couleur que ses joues ; si tu voyais ses grands yeux bleus, et les belles dents qu’elle montre quand elle rit, ce qui arrive assez souvent, car elle est d’une gaieté folle ; si tu la voyais danser ; si surtout tu pouvais converser une demi-heure avec elle… tu concevrais que j’aie pu me laisser prendre. Je t’avouerai que j’ai été assez longtemps avant de me déclarer ouvertement ; tu sais que je n’aime pas à précipiter les choses ; mais enfin je n’ai pu y tenir, et un bon jour, ou plutôt un bon soir que j’avais soupé chez le père Routier après avoir accompagné Louise à son retour de vêpres, me trouvant avec elle sur la galerie, je me hasardai à lui faire une déclaration d’amour en forme ; toute ma crainte était qu’elle n’éclatât de rire, ce qui m’aurait piqué au vif, car j’y allais sérieusement ; mais loin de là, elle devint rouge comme une cerise et finit par balbutier que de tous les jeunes gens qui venaient chez son père, c’était moi qu’elle aimait le mieux. Juge de mon bonheur. Ce soir là, je m’en retournai chez ma mère le cœur inondé de joie ; toute la nuit, je fis des rêves couleur de rose, et depuis ce jour, mon cher ami, mon amour n’a fait qu’augmenter. Louise continue toujours à être excessivement timide et farouche, mais je ne