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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/205

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JEAN RIVARD

paroisses du Bas-Canada ; et durant les chaleurs de l’été, le sirop de vinaigre, la petite bière d’épinette, et dans quelques maisons, le vin de gadelle remplaçaient invariablement les liqueurs fortes du « bon vieux temps. »

Le père Routier qui n’avait pourtant aucun péché d’ivrognerie à se reprocher, avait cru, pour donner l’exemple à ses enfants qui commençaient à grandir, devoir prendre un des premiers l’engagement de s’abstenir de boissons spiritueuses, et la croix de bois teint en noir était un des objets qui frappaient le plus les regards en entrant dans la maison.

Malgré cela, le repas fut gai, et devint même peu-à-peu assez bruyant. Ce qu’on appelle dans le grand monde les règles du bon ton et de la bonne tenue n’y étaient peut-être pas rigoureusement observées en tous points, mais en revanche on s’y ennuyait moins. Les femmes n’y passaient pas leur temps à s’examiner pour se critiquer réciproquement ensuite, et les hommes causaient et badinaient sans arrière-pensée. Il était facile de voir que la vanité, cette grande plaie de nos villes, n’était que pour très peu de chose dans les apprêts de cette réunion intéressante. Le sang-gêne, la bonne humeur, l’entrain, la franche gaîté qui régnaient dans toute l’assemblée des convives formaient un des plus beaux tableaux de mœurs qui se puissent imaginer.

Plusieurs des invités renommés pour leurs belles voix chantèrent pendant le repas diverses chansons populaires, chansons d’amour, chansons à boire, chansons comiques, etc., auxquelles toute l’assistance répondait en chœur. « Vive la Canadiennes » n’y fut pas oubliée, non plus que « la Claire Fontaine » et nos autres chants nationaux.