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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/187

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JEAN RIVARD

teau, les cris et les chants des travailleurs, tout se faisait entendre en même temps ; l’écho de la forêt n’avait pas un instant de répit. Jean Rivard ne pouvait s’empêcher de s’arrêter de temps à autre pour contempler cette petite armée d’hommes laborieux, et lorsqu’il songeait que moins de deux ans auparavant il était seul avec Pierre Gagnon dans cette forêt encore vierge, ce qu’il avait maintenant sous ses yeux lui paraissait un rêve.

L’imagination de Pierre Gagnon s’exaltait aussi à la vue de ce progrès, et ses souvenirs historiques se représentaient en foule à sa mémoire. La maison qu’on était en train d’ériger n’était rien moins que le Palais de l’Empereur ; c’était Fontainebleau ou le Luxembourg, qu’on allait décorer pour recevoir l’Impératrice Marie-Louise.

Malgré les rires, les chants et les bavardages, l’ouvrage progressa si rapidement que dès le soir même du premier jour la maison était déjà debout.

La vieille ménagère de Jean Rivard eut fort à faire ce jour-là. Heureusement que la veille au soir Jean Rivard ayant été faire la chasse aux tourtres, avait rapporté quelques douzaines de cet excellent gibier ; il put ainsi offrir à ses convives quelque chose de plus que l’éternel lard salé. Une soupe aux tourtres aux petits pois n’est pas à dédaigner. Le jardin de Jean Rivard offrait déjà d’ailleurs des légumes en abondance. La mère Guilmette dut renoncer toutefois à écrêmer son lait ce jour-là, et ses beaux vaisseaux de lait caillé disparaissaient l’un après l’autre, en dépit des regards mélancoliques qu’elle leur lançait en les déposant sur la table. Ce qui contribuait aussi un peu sans doute à la faveur particulière accordée