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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/186

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LE DÉFRICHEUR.

desquelles les jeunes gens s’amusent à faire des décharges de mousqueterie. C’est une fête des plus joyeuses pour la jeunesse.

Mais dans les nouveaux établissements, où l’on sent plus que partout ailleurs le besoin de s’entr’aider, la corvée a, s’il est possible, quelque chose de plus amical, de plus fraternel ; on s’y porte avec encore plus d’empressement que dans les anciennes et riches paroisses des bords du St. Laurent. Chez ces pauvres mais courageux défricheurs la parole divine « aimez-vous les uns les autres » va droit au cœur. Parmi eux la corvée est un devoir dont on s’acquitte non-seulement sans murmurer, mais en quelque sorte comme d’un acte de religion.

Ainsi, quoique Jean Rivard n’eût invité, pour l’aider à lever sa maison, que les hommes de la famille Landry et quelques autres des plus proches voisins, il vit, le lundi matin, arriver avec eux plus de trente autres colons établis de distance en distance à quelques milles de son habitation, lesquels ayant appris des jeunes Landry la circonstance de la corvée, s’empressaient de venir exécuter leur quote-part de travail. Il ne fut pas peu surpris de rencontrer parmi eux plusieurs jeunes gens qu’il avait connus intimement à Grandpré, dont quelques-uns même avaient été ses compagnons d’école et de catéchisme. Les anciens camarades se serrèrent cordialement la main, se promettant bien de continuer à être amis à l’avenir comme ils l’avaient été par le passé.

Chacun avait apporté avec soi sa hache et ses outils, et l’on se mit de suite à l’œuvre. Le bruit de l’égouïne et de la scie, les coups de la hache et du mar-