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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/173

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JEAN RIVARD

au bout de six mois ; je me ferais habiller à crédit chez les tailleurs, les cordonniers, je ferais des comptes chez le plus grand nombre possible de marchands ; puis, à l’expiration de mon crédit, j’enverrais paître mes créanciers. Cela ne m’empêcherait pas de passer pour un gentleman ; au contraire. Avec mes beaux habits et mes libres allures je serais sûr d’en imposer aux badauds qui malheureusement sont presque partout en majorité.

« Je connais de jeunes avocats qui se sont fait une clientèle de cette façon ; pour en être payés, leurs créanciers se trouvaient forcés de les employer.

« Mais que veux-tu ? Ce rôle n’est pas dans mon caractère. M’endetter sans être sûr de m’acquitter au jour de l’échéance, ce serait me créer des inquiétudes mortelles.

« Pardonne-moi, mon bon ami, si je ne te dis rien aujourd’hui de mes affaires de cœur. J’ai tant de tristesse dans l’âme que je ne puis pas même m’arrêter à des rêves de bonheur. D’ailleurs que pourrais-je t’apprendre que tu ne devines déjà ? Ce que j’aimerais mieux pouvoir dire, ce seraient les paroles de Job : « j’ai fait un pacte avec mes yeux pour ne jamais regarder une vierge. »

« Mais toi, mon cher ami, parle-moi de ta Louise ; ne crains pas de m’ennuyer. Votre mariage est-il arrêté ? Et pour quelle époque ? Que tu es heureux ! Le jour où j’apprendrai que vous êtes unis sera l’un des plus beaux de ma vie.


« Ton ami dévoué,

« Gustave Charmenil. »