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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/164

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LE DÉFRICHEUR

ne redoute pas le travail. Je regarde au cœur et à la tête avant de regarder aux mains.

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« Pour moi je vous avoue que je n’ai pas fait beaucoup d’attention à ce que me disait ce monsieur ; je sais seulement que ses phrases étaient parsemées de mots anglais que je n’aurais pas pu comprendre quand même je l’aurais voulu. S’il croyait que je lui souriais, il se trompait. Si je paraissais contente, c’était de danser ; je suis si folle pour cela. J’espère bien que je deviendrai plus sage avec l’âge. Vous avec dû me trouver bien étourdie ce soir-là ? Mais aussi pourquoi êtes-vous parti si tôt ? Si j’ai des reproches à me faire, vous en avez vous aussi, pour être parti comme vous avez fait, sans nous dire un petit mot d’adieu.

« Ah ! vous regretteriez, j’en suis sûre, votre méchante bouderie, si vous saviez que vous m’avez fait pleurer ? »

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On comprend qu’après de pareilles explications, la réconciliation ne pouvait tarder.

Jean Rivard se donna beaucoup de soin, à l’époque de la fabrication du sucre, pour confectionner au moyen d’un élégant petit moule en bois travaillé de ses mains, un joli cœur de sucre évidemment destiné à servir de cadeau. Quand le moment vint de procéder à cette intéressante opération, ce fut Jean Rivard lui-même qui nettoya l’intérieur de la chaudière avec du sable fin, qui y coula la liqueur, qui l’écuma durant l’ébullition, et qui la déposa dans le petit moule de bois, après sa transformation en sucre.