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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/162

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LE DÉFRICHEUR

leur entrée dans la forêt, à mettre en réserve toutes les pièces d’arbres qui, au besoin, pouvaient servir à la construction d’une maison, Jean Rivard n’ignorant pas que tôt ou tard cette précaution lui serait utile ; le second, c’est que Jean Rivard et Mademoiselle Louise Routier, avant échangé plusieurs lettres dans le cours de l’hiver, avaient fini par s’entendre à merveille ; et, comme c’est l’ordinaire, les jeunes amoureux s’aimaient plus tendrement que jamais.

Qu’on nous permette de rapporter ici quelques lignes extraites de leur correspondance.

De Jean Rivard à Louise.

« Vous avez sans doute compris que si je suis parti de chez votre père, le soir de votre Épluchette, sans vous faire mes adieux, c’est que je craignais de vous faire perdre un instant de plaisir. Vous paraissiez vous amuser si bien, vous étiez si gaie, si folâtre, qu’il eût été vraiment cruel de ma part de vous attrister par mon air sérieux et froid. D’ailleurs je vous avouerai franchement que le beau jeune homme à moustaches qui dans cette soirée a eu l’insigne honneur d’attirer presque seul votre attention, avait des avantages si apparents sur moi comme sur tous les autres jeunes gens, au moins par sa toilette, sa belle chevelure, et surtout son beau talent de danseur, que vraiment force m’était de lui céder le pas, sous peine d’encourir la perte de vos bonnes grâces et des siennes, et peut-être de me rendre ridicule. Je mentirais si je vous disais que cette préférence marquée de votre part ne m’a fait aucune peine. Je ne connais pas ce Monsieur Duval, mais je puis vous affirmer sans crainte qu’il ne vous aime pas autant que moi ;