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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/160

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LE DÉFRICHEUR

lots du Canton furent vendus, quoique le prix en eût été d’abord doublé, puis triplé et même quadruplé dans la partie dont l’Honorable Robert Smith était le propriétaire. Un grand nombre de familles n’attendaient que l’ouverture du chemin pour se rendre sur leurs lots.

Naturellement les jeunes défricheurs allaient faire visite à Jean Rivard qu’ils regardaient comme le chef de la colonie et qui, par son expérience, était déjà en état de leur donner d’utiles renseignements. En effet, non seulement Jean Rivard leur donnait des conseils dont ils faisaient leur profit, mais il leur parlait avec tant de force et d’enthousiasme qu’il donnait du courage aux plus pusillanimes ; ceux qui passaient une heure avec lui retournaient à leur travail avec un surcroît d’ardeur et d’énergie.

« Vous voulez, répétait-il à chacun d’eux, parvenir à l’indépendance ? Vous avez pour cela une recette infaillible : abattez chaque année dix arpents de forêt et dans cinq ou six ans votre but sera atteint. Un peu de courage et de persévérance, voilà en définitive ce qu’il nous faut pour acquérir l’aisance et le bonheur qui en découle. »

Sa parole chaleureuse et pleine de conviction produisait un effet magique.

Lorsque le soir, sa modeste demeure était remplie de ces jeunes gens pleins de vigueur et d’intelligence, il aimait à les entretenir des destinées futures de leur Canton.

« Avant dix ans, disait-il avec feu, avant cinq ans peut-être, le Canton de Bristol sera déjà une place importante sur la carte du Canada ; ces quelques huttes maintenant éparses au milieu des bois seront