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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/158

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LE DÉFRICHEUR

les dix arpents de forêt abattus dans le cours de l’été.

L’hiver s’écoula rapidement ; une partie du temps fut employée à battre et à vanner le grain, et l’autre partie aux travaux de défrichement, ou, comme disait Pierre Gagnon, à guerroyer contre les géants de la forêt. Les veillées se passaient en lectures ou en conversations joignant le plus souvent l’utile à l’agréable. Jean Rivard avait apporté, lors de son dernier voyage à Grandpré, plusieurs nouveaux volumes que lui avaient prêtés M. le Curé Leblanc et son ami M. Lacasse, et comme les jeunes Landry montraient autant de goût que Pierre Gagnon pour cette sorte de passe-temps, on put lire, durant les longues soirées de l’hiver, un bon nombre d’ouvrages, entre autres, les Prisons de Silvio Pellico, et un recueil de Voyages autour du monde et dans les mers polaires, lecture que Jean Rivard accompagnait de quelques notions géographiques. Ces récits d’aventures périlleuses, de souffrances horribles, de privations inouïes, intéressaient excessivement l’imagination de nos jeunes défricheurs. En parlant de la Terre, de son étendue, de ses habitants, de ses divisions, de la position qu’elle occupe dans l’Univers, Jean Rivard était naturellement conduit à parler d’astronomie, et bien que ses connaissances en cette matière fussent assez bornées, il réussissait, avec l’aide de ses livres, à exciter vivement la curiosité de ses auditeurs. Il fallait voir quelle figure faisaient Pierre Gagnon et ses compagnons lorsqu’ils entendaient dire que la terre marche et tourne sur elle-même ; que la Lune est à quatre vingt cinq mille lieues de nous ; qu’elle a, comme la terre, des