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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/146

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LE DÉFRICHEUR

toi le lot situé au nord du mien, qui offre à peu près les mêmes avantages. Tu passeras encore un an à la maison paternelle ; pendant ce temps là je te ferai défricher quelques arpents de terre, et quand tu voudras, plus tard, te consacrer sérieusement à ton exploitation, tu viendras loger tout droit chez moi ; nous combinerons ensemble les moyens de te créer une existence indépendante.

— Et moi aussi, dit en riant Joseph, qui avait environ quinze ans, je veux aller m’établir au célèbre village de Louiseville.

— C’est bien, c’est bien, je retiendrai aussi un lot pour toi, et, s’il est possible, un pour chacun des plus jeunes. Qui sait si dans cinq ou six ans, vous ne serez pas tous devenus riches sans vous en apercevoir !

— Ah ça ! s’écria la sœur Mathilde, allez-vous me laisser ici toute seule ? Heureusement, ajouta-t-elle sur le ton de l’incrédulité, que vous n’êtes pas encore partis.

— Oh ! moi, dit le petit Léon, je resterai avec maman. Hein ? maman, dit-il, en s’approchant de ses genoux et la regardant avec ses beaux grands yeux…

Pour toute réponse, la mère l’embrassa en essuyant ses larmes.

Ces petites scènes de famille, tout en mettant à l’épreuve la sensibilité de la mère Rivard, ne laissaient pas que d’être consolantes pour elle. L’exemple de son fils aîné, et surtout ses succès, allaient avoir un bon effet sur les dispositions de ses frères ; et quelque pénible qu’il fût pour elle de se séparer ainsi des êtres les plus chers à son cœur et les plus propres à embellir son existence, elle se disait qu’il