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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/143

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JEAN RIVARD

entrer. Or, on était juste à l’heure où le crépuscule faisant place à la nuit, l’atmosphère revêt une teinte d’un gris foncé qui ne permet guère de distinguer les objets à distance. La soirée était magnifique ; une température douce, presque tiède, un air pur et serein, invitaient à prendre le frais, et toute la famille Rivard, depuis la mère jusqu’au petit Léon qui n’avait pas encore quatre ans, était sur le devant de la maison, les uns assis sur le perron, causant de choses et d’autres, les autres jouant et gambadant dans le sable ou sur le gazon. Jean Rivard put ainsi entrer et parcourir même deux ou trois appartements, sans être remarqué. Les portes et les fenêtres étant ouvertes, il pouvait entendre sa mère et ses frères et sœurs converser à haute voix. Il lui prit alors fantaisie de leur faire une surprise. Sans sortir de la maison, il vint s’asseoir tranquillement près de la porte, d’où il pouvait facilement suivre la conversation.

« Ce pauvre Jean, dit bientôt la bonne mère en soupirant, je ne sais pas pourquoi il retarde si longtemps à venir nous voir ! Il devait venir au commencement du mois. Pourvu, mon Dieu, qu’il ne soit pas malade ou qu’il ne lui soit pas arrivé d’accident !…

— Oh ! pour ce qui est de Jean, maman, dit un des frères, vous n’avez pas besoin d’avoir peur, le malheur ne le connaît pas ; et quant à être malade, vous savez que ça n’est pas son habitude ; je ne vois qu’une chose qui pourrait le rendre malade, c’est de trop penser à Louise Routier, et ce n’est pas une maladie comme ça qui l’empêcherait de venir.

— Louise m’a demandé aujourd’hui quand est-ce