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Page:Gérin-Lajoie - Jean Rivard, le défricheur, 1874.djvu/119

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JEAN RIVARD

qui viennent, hélas ! trop souvent déjouer les espérances des malheureux colons, pouvaient bien venir chercher des victimes jusqu’au milieu même du Canton de Bristol.

Jean Rivard ne se croyait pas plus qu’un autre à l’abri de ces désastres inattendus ; dès le moment où il avait embrassé la carrière du défricheur, il s’était dit qu’elle ne serait pas exempte de mécomptes, de traverses, d’accidents, et il s’était préparé à subir avec courage et résignation tous les malheurs qui pourraient l’atteindre.

Mais, grâce à la providence qui semblait prendre notre héros sous sa protection, ses quinze arpents de grains et de légumes parvinrent à maturité, sans aucun accident sérieux.

Quand le moment arriva où les blonds épis durent tomber sous la faucille, ce fut presque un amusement pour Jean Rivard et ses deux hommes de les couper, les engerber et les mettre en grange.

Aujourd’hui l’usage de faucher le grain au javelier est devenu presque général dans les campagnes canadiennes. Mais dans les champs nouvellement déboisés, cette pratique expéditive ne saurait être adoptée, à cause des souches, racines, rejetons ou arbustes qui font obstacle au travail de la faux.

La grange avait été construite, comme les cabanes des colons, au moyen de pièces de bois superposées et enchevêtrées les unes dans les autres. Nos défricheurs avaient eu le soin, dès le moment où ils avaient commencé à abattre les arbres de la forêt, de mettre de côté tous ceux qui pouvaient être utiles à l’objet en question. Le manque de chemin ne permettant pas d’aller chercher dans les villages voisins les