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XV

LE VOYAGE


J’ai fait un douloureux voyage, comme Ulysse,
Sur la mer, nuit et jour, sans lune et sans soleil,
Farouche, allant d’orage en orage, pareil
Aux condamnés qui vont de supplice en supplice.

Mais sur la noire mer où le navire glisse
Je promenais mon morne et lugubre appareil,
Les yeux ouverts toujours vers l’horizon vermeil
Où luisait la maison de joie et de délice.

J’avais toujours les bras dressés vers l’occident,
Ta demeure ! Et cela réchauffait mon courage,
De pressentir, plus loin que l’effroyable orage

Et que le vent nocturne et que le flot grondant,
Comme un irrésistible et radieux mirage,
La chambre où tu chantais l’amour en m’attendant.