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fut un peu choqué, comme si tout ça le regardait et qu’il fut le cousin de ces jeunes filles. Puis, maîtrisant sa ridicule émotion, il salua Madame Morille, qui lui demanda des nouvelles de “ sa poésie ”. Comme il n’avait jamais écrit un vers, du moins qu’elle connût, il grommela quelques paroles gracieuses et rassurantes, et chercha à se perdre parmi les groupes.

Mais il avait été reconnu par des amis, et ne put éviter leur conversation :

— Ah ! lui dit le jeune Lanturlut, en ouvrant des yeux étonnés, ah ! tu as mis un habit !

— J’ai d’abord eu l’idée de venir en robe de chambre, mais j’ai craint, au dernier moment, de me faire un peu remarquer.

— Je ne comprends pas, dit Lanturlut.

— On ne comprend jamais ce que raconte Meillan, reprit le petit Juigné de Chamaré, qui était une sorte de représentant de l’élégance marseillaise. Mais, ça ne fait rien, il est très gentil… À propos, Meillan, je trouve ce frac d’une coupe tout à fait originale. Quel est le tailleur qui l’a fait !

— Dusautoy.

— Dusautoy ?

— Oui, le tailleur de Napoléon III. Il travaillait très bien.

Cependant, M. Morille, apercevant des jeunes gens s’était approché. C’était un homme gros et jovial, décoré du Mérite Agricole et qui, désirant plaire à tout le monde, n’employait que des plaisanteries aimables, faciles et qui ne peuvent jamais, en aucune façon, être prises en mauvaise part. Il leur dit :

— Eh ! eh ! Messieurs ! c’est gentil d’être venu frotter mes parquets. Vous allez me faire reluire ça !… Et pour