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leur connaît pas de domicile fixe… Ce sont eux qui me mettent en rapport avec le millionnaire Gérassimos. Enfin, tu verras, c’est un milieu très intéressant, autrement curieux que la société de péronnelles et de sauteurs que tu fréquentes depuis quelque temps.

— C’est vrai, papa, nos relations ne sont pas les mêmes…

— Je ne te le reproche pas. Chacun prend l’expérience de la vie où il veut. La Guigne reconnaît toujours les siens… Ah ! voilà Coco. Qu’est-ce qu’il vient faire ici, celui-là ? Eugénie !

— Monsieur ?

— Pourquoi laissez-vous sortir le vautour ? Je vous ai maintes fois défendu de lui permettre de franchir le seuil de la cuisine.

— Mais, monsieur, il insiste, il frappe la porte à coups de bec. On sent qu’il veut absolument voir monsieur.

— Pauvre bête !… C’est vrai qu’il m’aime beaucoup. Il n’a vraiment que moi sur la terre d’ailleurs. Et puis, il manque de distractions… Aussi, je change d’avis et je l’autorise à venir me faire une petite visite à tous les repas du soir. Au fait, qu’a-t-il mangé ?

— Rien, monsieur.

— Comment ? rien ! Vous vous imaginez que mon vautour peut vivre comme la tortue de mon fils. Un vautour, c’est comme vous et moi, ma fille, ça mange tous les jours, et deux fois quand Dieu le permet. Qu’est-ce qu’il reste ici, ce soir ?

— Il reste une pomme de terre du ragoût…

— Vous allez la lui donner tout de suite, n’est-ce pas ? Et comme il est beaucoup trop faible pour l’avaler, vous me ferez le plaisir de la lui écraser. Pauvre bête ! je ne m’étonne plus qu’il soit si maigre.

Et, en effet, autant la tortue de Jacques était (dans la