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Il s’avançait sans bruit, craignant de réveiller M. Cabillaud, mais c’était une précaution inutile, car M. Cabillaud ne dormait pas. Sitôt dans sa chambre, Jacques perçut un murmure plaintif et continu, interrompu d’instant en instant par un cri plus fort. Il accourut.

Le pauvre M. Cabillaud, hagard et couvert de sueur, se débattait sur son lit en criant :

— Au secours, Jacques, au secours ! Cette horrible bête veut me dévorer… Je ne peux plus résister… Je n’ai plus de forces… C’est fini !… Ah ! Au secours !

Il luttait de toute son énergie épuisée contre le vautour qui, grimpé sur lui, essayait de le becqueter, tantôt lui arrachant un peu de barbe, tantôt l’atteignant à l’oreille ou au nez. Depuis longtemps solitaire, oublié dans une combinaison alimentaire basée sur le chocolat et le bœuf grillé, Coco avait éprouvé ce que les voyageurs appellent le délire de la faim. Une rage suprême, demandée à ses nerfs surmenés, l’avait remis debout, en vue d’un dernier effort… Il avait poussé la porte de la cuisine, parcouru le corridor, trouvé ouverte la chambre de M. Cabillaud, et