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de toute l’exaltation de l’instant, et de la chasteté lunaire. De Juliette renversée sur ses genoux avec une confiance d’enfant, Jacques caressait les cheveux. Il devenait, lui tout à l’heure affublé et seul, celui qui protège et câline, les bras chargés du cher fardeau de la femme, qui pèse avec une langueur impérieuse.

— Mon enfant, ma sœur, répétait-il doucement, tu devines ce que j’ai souffert, et tu le comprendras. Comme tu m’aimeras déçu, je t’aimerai blessée… Et nous nous consolerons tout le long de la vie, veux-tu ?

— Je veux bien.

— La tendresse, Juliette, la tendresse ! Y a-t-il rien de plus doux, de plus divinement d’accord avec le don que Dieu nous fait de ses beaux soirs ? Juliette, nous aimerons ensemble la tendresse…

— Oh ! oui, nous l’aimerons.

— Et nous nous aimerons à travers elle, et cela nous suffira bien, car nous ne serons ainsi ni méchants, ni jaloux…

— Non jamais.

Ils s’embrassèrent, comme de petits enfants. Leurs lèvres s’effleurèrent à peine, se touchèrent à peine, tout occupées à baiser la tendre chair des joues, qui n’éveille pas le désir. On ne s’aime peut-être jamais mieux.

Les heures, invisibles, passaient…

Pouvait-on finir autrement cette nuit que par le rêve d’être l’un à l’autre et pour toujours, par le mirage du foyer, autour duquel s’est élevé le monde ?

Jacques disait :

— Venez avec moi. Bien tous ensemble.

— Bon, répondait Juliette apeurée, on reviendrait me prendre. Maintenant, j’ai été heureuse, que m’importe de