Page:Francis de Miomandre - Écrit sur de l'eau, 1908.djvu/200

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ni une adresse de singe pour être soignée. Quoiqu’il me fasse d’ailleurs, je n’éprouverai pas d’élancements aussi insupportables. Va vite. Ramène-le n’importe comment et, je t’en supplie, ne tarde pas.

Jacques obéit en toute hâte, descendit comme une flèche la rue Paradis, traversa sans la voir la Gaunebière de quatre heures, bruyante, bariolée et cosmopolite, et se dirigea vers la maison du cours Belzunce où il savait que demeurait l’élégant et mystérieux médecin.

Il monta trois étages d’un escalier obscur et étroit, mais il n’avait pas le temps de s’occuper des détails du monde extérieur, possédé qu’il était par l’idée plus haute de miséricorde à laquelle il se dévouait ; il arriva sur un palier où ses narines surprirent l’anormal mélange des odeurs ménagères naturelles à la maison et d’un parfum, ah ! d’un étonnant parfum, qu’il se souvenait d’avoir, mais où donc ? respiré ; il ouvrit une porte par mégarde sans doute mal fermée et… il vit… il vit l’élue du rêve de ses nuits, celle qu’il avait aimée la première et attendue uniquement, la vivante merveille dont tous les mouvements s’étaient imprimés dans son souvenir, comme une nudité sur le sable de la plage où elle s’étend, celle qu’il devait le lendemain même revoir pour le don suprême que sa parole avait promis, il la vit, vêtue encore de toutes ses robes, mais aussi impudique que si ses cheveux dorés l’avaient seuls recouverte, qui, penchée en arrière et retenue par un bras hideux et solide, abandonnait à la bouche énorme et répugnante d’Augustin Paillon ses lèvres entr’ouvertes, horriblement souriantes de subir l’infâme meurtrissure. Toute son attitude prostrée, souillée et haletante, indiquait qu’elle n’avait même pas attendre la chambre voisine, et vêtue, elle était nue, et sa bouche était déshabillée…

Et Jacques, ayant vu tout cela en une seconde, recula