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vient de te faire une scène de ménage ! oh ! ne dis pas non : je sais déjà lire sur ta figure). Tout cela, c’était pour l’engager à t’acheter mon livre. Je sais bien qu’il ne le lira pas. C’est pour toi, pour toi seule que je l’ai écrit, ma douce lectrice. Seulement, comme il pourrait se faire qu’il y jetât les yeux, afin d’affirmer, dans une vétille de plus, son autorité tracassière, je l’ai gâté par ci par là, d’appréciations un peu sévères sur les femmes. Banalités destinées à lui faire dire : « Comme c’est observé ! cet animal-là les connaît bien ! » Ah ! que ces concessions torturent ma conscience !

Mais, adorable lectrice, je te le jure, jamais il n’y eût rien de vrai là-dedans, et mon cœur vis-à vis de toi est irréprochable. Si mes héroïnes ont des cruautés ou des faiblesses, c’est moi qui les leur ai prêtées, pour obéir à des conventions littéraires, mais la vie, la vraie vie sait bien (et tout le monde pense comme elle) que la femme est toujours un ange. Il n’est point d’équivoque possible.

Parlons plus bas… Ton lecteur de mari s’est endormi sur mon livre (il ne l’a pas même coupé). Prends-le lui des mains et lis-le. Tu y verras comme mon ami Jacques de Meillan t’a adorée, chère lectrice, au milieu de tous les décors de la vie et des plus étranges sociétés. Il n’a aimé que toi. Tu aurais bien dû le lui rendre.