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point faire partie. À part ces détails, Madame Mazarakis était une femme délicieuse, et aimable, et si accueillante !…

Tout à coup, elle entra… Jacques ne prêta pas la moindre attention au flux de paroles qui se mit à déborder par le salon, et d’après lesquelles il demeurait bien établi qu’Anne ou Madame Mazarakis étaient une seule et même personne… Cette chère Anne !… Cette bonne Madame Mazarakis !… Il ne put sans doute méconnaître la réalité terrible de cette révélation, il sut, mais cela lui était bien égal. Elle eût été Lucrèce Borgia, Messaline ou Théodora, elle était là. Il aurait pu toucher sa robe… Les présentations imminentes allaient lui permettre de baiser une main merveilleusement chérie. Qu’importent les noms des femmes et leur passé révélé à leurs amants amoureux ? Elles paraissent.

Mme Mazarakis était une femme du monde accomplie. D’origine vaguement anglaise, mariée à un Grec redouté, elle tenait dans la société marseillaise un rôle officiel d’à u-plus digne et brillant qu’elle avait besoin d’une irréprochable façade publique pour masquer les désordres d’une vie privée entièrement soumise au caprice. C’était le caprice qui l’avait entraînée à céder aux instances amoureuses de M. Chose, (dans l’espèce M. de Rappapont) ; c’était le caprice qui, malgré que M. de Rappapont lui suffît à la rigueur lui avait fait trouver aimable le blond et sportif M. Graffigné, (plus communément appelé Machin) ; le caprice qui avait représenté à son imagination toute la saveur d’une intrigue inextricable si elle admettait M. Système à la félicité d’être aimé d’elle, et M. Système, (socialement M. Reynaldi), avait été admis.

Peu à peu, ces choses s’étaient sues, car MM. Chose, Machin et Système n’avaient point attendu qu’elles fussent vraies pour les révéler. Sitôt probables, il les utilisèrent