Page:Francis de Miomandre - Écrit sur de l'eau, 1908.djvu/108

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


crire : « Tant pis ! » sur le papier mauve de sa correspondance, en devise, après son adresse. Tout est tant pis, et on ne peut rien rêver de pire que ce qui est. Tant pis si on la croyait une demi-vierge, ou une fausse ingénue, ou une poseuse, ou une simple, tant pis si elle était destinée à vieillir, sans l’amant que donnent les noces, les douces noces juste » des beaux-rêves ! Tant pis tous les désastres sauf celui-ci, celui de ressembler, plus tard, à son père indélicat, à sa mère vicieuse et frivole… On dit que l’atavisme est une loi fatale, qu’on retombe tôt ou tard sous sa sanction, malgré toute morale, tout effort… Et cela même, tant pis, après tout. Juliette n’aura jamais pour elle autant de dégoût qu’elle en aura ressenti pour les autres, la tourbe vilaine et basse des autres.

— Maman, tu sors ?

— Oui, ma fille.

Et madame Brémond riait de toutes ses dents, de toutes les rides fugaces de son visage conservé par le plaisir.

— Veux-tu que je te mette ton mantelet ?

— Merci. Tu es gentille…

Elle continuait à rire, heureuse de l’idée qu’elle allait avoir tout à l’heure un nouvel amant, plus jeune encore que tous les autres, un nouvel amant, imberbe, frais, à peine plus âgé que sa fille et, ma foi, d’une peau plus blanche, puisqu’il était blond et Juliette brune…, heureuse aussi de savoir qu’il faisait beau, et que son mari rentrerait pour le dîner, qu’il n’y aurait pas de retard, que tout enfin allait bien dans le mieux combiné des ménages. Volupté, pot-au-feu, linge élégant, confort, sourires de la vie facile !…

Une petite pendule parlait bas dans l’imagination de Juliette. Arrêtée fixe et toujours sonnante, elle lui disait avec toutes les nuances de l’ironie, de la menace et de la