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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/553

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LA REINE MAB.

Le duvet que promène
Le souffle d’un lutin
Est le char qui l’emmène
Au retour du matin.

Au bord des lacs humides,
Dans la brume des soirs,
De ses ailes rapides
Effleurant les flots noirs,
Sur un flocon d’écume
Que le vent fait vaguer,
Molle comme une plume,
Elle aime à naviguer.

Lorsqu’à grand bruit l’orage
Court sur le bois flétri,
La fleur d’un lis sauvage
Souvent lui sert d’abri :
La tempête calmée,
Elle prend son essor,
Et s’envole embaumée
D’une poussière d’or.

Au nid de l’hirondelle
Qui pend sous le rocher,
Parfois, pliant son aile,
On la voit se cacher ;
Puis, s’élançant comme elle
Sur les flots en fureur,
Rire à la mer cruelle
Où sombre le pêcheur.

En vain de son passage
Sur l’océan vermeil
J’ai cherché le sillage
Au lever du soleil.