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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/490

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RAYNAL (Hippolyte)

Pauvre poète de cour d’assises, que nous n’aurions pas admis dans ce recueil, s’il n’avait eu pour lui, comme caution de sa moralité seulement égarée, la bienveillance persistante de Béranger.

Né à Paris, on 1805, de parents qu’il ne connut guère — il était orphelin à quatorze ans — sa seule ressource au sortir de l’école fut le vagabondage, puis le vol. Il ne s’y laissa toutefois entraîner qu’après bien des tentatives de travail. Il fut successivement : apprenti menuisier, commis-libraire, garçon boucher, clerc d’avoué et berger. La mendicité n’était pas loin : il mendia, fut pris et mené au dépôt de Saint-Denis, où il passa deux ans.

À la sortie, il ne sut pas rompre avec des camarades libérés en même temps que lui, et dont le vol fut aussitôt le seul métier. Raynal était chargé de vendre ce qu’ils avaient pris ; il fut arrêté, et condamné à cinq ans de réclusion. Sa conduite à la prison de Poissy fut excellente. Il travaillait, lisait, s’instruisait, faisait des vers. Il en signa quelques-uns du nom d’Arthur, et les envoya à Béranger, qui l’encouragea de ses conseils et de sa bourse. Quelques mois avant que son temps fût terminé, on le gracia à l’occasion de la fête du Roi.

Il avait, en prison, appris un métier, la sculpture sur corne et sur ivoire ; il chercha de l’ouvrage, en trouva chez quelques couteliers, et se mit à travailler avec ardeur, dans une pauvre mansarde, dont on lui donna bientôt congé, la surveillance de la police, dernière conséquence de sa condamnation, l’ayant fait considérer comme un locataire indigne. La dénonciation de quelques misérables camarades lui fit de même retirer l’ouvrage que lui donnaient les couteliers. Il écrivit à Béranger pour l’instruire de sa déplorable situation et le supplier de le recommander à Laffitte, pour un secours. Béranger malade ne put lui répondre.

Que faire ? Céder à quelque fatale inspiration, comme celle qui l’avait déjà perdu. Un matin du mois de février 1830, on apprit qu’un vol avec fausses clefs avait été tenté la veille, vers huit heures du soir, chez le restaurateur Brébant, rue