Ouvrir le menu principal

Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/246

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le premier au printemps, le premier en automne,
Il recueillait les dons de Flore et de Pomone ;
Et quand le triste hiver, brisant les rocs durcis.
Mettait un frein de glace aux ruisseaux épaissis,
Déjà taillant le front de l’acanthe encor tendre,
Il hâtait les zéphirs qu’il se lassait d’attendre.
Aussi, sur mille essaims il étendait ses droits.
Des rayons pleins de miel écumaient sous ses doigts ;
Dans l’automne, chez lui, chaque arbre se colore
D’autant de fruits nouveaux qu’il voit de fleurs éclore.
Il plantait le tilleul près du pin résineux,
Et grefl’ail le prunier sur l’arbuste épineux ;
Chez lui se soumettant au cordeau qui l’aligne.
Le platane ombrageait les amants de la vigne ;
Et seul il sut toujours transplanter, sans efforts,
Des poiriers déjà vieux, des ormeaux déjà forts.
Mais à d’autres sujets il faut que je me livre.
Je laisse un vaste champ à qui voudra me suivre.


DATE LILIA

Oh ! si vous rencontrez quelque part sous les cieux
Une femme, au front pur, au pas grave, aux doux yeux,
Que suivent quatre enfants dont le dernier chancelle,
Les surveillant bien tous, et, s’il passe auprès d’elle
Quelque aveugle indigent que l’âge appesantit,
Mettant une humble aumône aux mains du plus petit ;
Si, quand la diatribe autour d’un nom s’élance.
Vous voyez une femme écouter en silence,
Et douter, puis vous dire : — Attendons pour juger :
Quel est celui de nous qu’on ne pourrait changer ?
On est prompt à ternir les choses les plus belles ;
La louange est sans pieds et le blâme a des ailes. —