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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/229

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JE SENS FUIR LE RIVAGE. 213


Tu reviens palpilant, el tu chantes tes rêves,

Comme par souvenir chante l’oiseau des nuits.


Car ton âme n’est pas de ces âmes muettes

Qui vont péniblement traîner leur corps ailleurs.

Ton âme a pris son vol dans le ciel des poètes,

Pour goûter l’ambroisie en des pays meilleurs.


Ton âme a voyagé comme la blonde abeille

Qui s’enivre en buvant aux bouquets des chemins ;

La Muse la plus fraîche a rempli ta corbeille,

Et tu jettes sur nous les fleurs à pleines mains.



JE SENS FUIR LE RIVAGE



Je sens fuir le rivage, adieu la Poésie !

Elle reste au pays de l’éternel printemps.

Idéal, idéal, que j’ai cherché longtemps,

J’ai surpris ton énigme au cœur du sphinx d’Asie.


Tu te nommes Jeunesse, et verses l’ambroisie

Avec l’urne des dieux aux âmes de vingt ans.

Idéal, idéal, vierge aux cheveux flottants.

Je te vois, mais je pars, et ne t’ai pas saisie.


Cependant le vaisseau m’entraîne en pleine mer,

Et, comme l’exilé dans sa douleur sauvage.

Je dis aux matelots ; « Retournons au rivage ! »


Car j’ai mis au tombeau, sur le rivage amer.

Mon amour le plus cher, ma maîtresse adorée,

La jeunesse divine !... Adieu, Muse éplorée !