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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/215

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La SŒUR GRISE. 1999


Et tandis que mes sœurs à de nouvelles fêtes

Vont peut-être se préparer,

Que des fleurs dont ma mère aimait à me parer

Elles ont couronné leurs têtes,

Moi, je veille et je prie... et ne dois point pleurer.


Oh ! de mes premiers jours images trop fidèles,

Mes songes quelquefois me rendent vos douceurs.

Ma bouche presse encor les lèvres maternelles,

Et même au bal joyeux je suis mes jeunes sœurs,

Le front ceint de roses comme elles.


Vaine illusion d’un instant,

Dont le charme confus m’agite et me réveille !...

Mais la cloche plaintive a frappé mon oreille :

A son lit de douleur le malade m’attend.


Là, naguère, une pauvre fille

Me disait en pleurant : « Dieu finit mes malheurs.

J’étais orpheline, et je meurs

Sans avoir connu ma famille. »

Moi, j’ai quitté la mienne... et nous mêlions nos pleurs...


J’avais une famille ; et pourtant je l’oublie ;

Et mon cœur bat d’un noble orgueil.

Quand le pauvre a pressé de sa main affaiblie

Ma main qui doucement l’accompagne au cercueil.


Consolé par ma voix à son heure suprême,

Bien souvent le pécheur s’endort moins agité :

Que dis-je ! le mourant me console lui-même

De ce monde si vain, qu’avant lui j’ai quitté.


Et lorsque dans ses yeux une dernière flamme

Révèle un saint espoir, né d’une ardente foi.

Je demande au Seigneur de recevoir son âme,

Au mourant de prier pour moi.