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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/213

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GUIRAUD (le baron Alexandre)


Ils étaient trois, presque du même âge : Pichald, Soumet et Guiraiid, qui, vers la fin de l’Empire, vinrent du collège de Carcassonno à Paris pour faire des tragédies, et qui non seule- ment tinrent parole, mais, d’élèves devenus maîtres, aidèrent le vieux Gary, leur ancien principal, à faire, lui aussi, ses cinq actes tragiques. Enclore et Cjpnodocée. 11 leur avait corrigé leur devoir, ils corrigèrent sa tragédie. Grâce à eux le Théâtre-Français la joua, en 1824.

    Guiraud avait alors, depuis deux ans, pu faire jouer sa première, les Madinbées, qui resta sa plus célèbre. 11 fit ensuite le Comte Julien, que les classiques, dont il était une des espérances, trouvèrent un peu trop empreinte des idées do Técolo nouvelle qui commençait à poindre ; en 1827, il fit représenter une Virginie qui n’obtint pas grand succès, et depuis lors on n’eut plus rien de lui au théâtre. 
    C’est à l’ode, au poème, à l’élégie surtout qu’il se voua. Il fit des vers sur tous les tons : il en eut pour les Hellènes, dont la délivrance était h la mode ; pour le Sacre de Charles X ; pour les Anges, pour les Sœurs de charité, et surtout pour les petits Savoyards. 
    Son élégie sur un jeune ramoneur qui vient du pays et y 

retourne, après avoir traversé les misères de Paris, eut un suc- cès aujourd’hui incroyable. On allait répétant partout, comme exemple de hardiesse et d’expression trouvée, le fameux vers du petit mendiant tendant la main :

         Un petit sou me rend la vie. 
    Jamais les classiques n’avaient été plus loin dans les témérités du mot vrai. 
    Dans le camp contraire, surtout lorsque Guiraud eut publié 

son volume : le Chemin de lu Croix, on s’amusait un peu de son lyrisme royaliste et évangélique, associé assez singulière- ment à ses élégies ramoneuses.

    Voici, entre autres, une épigramme qui courut :

Guiraud prend tour à tour et la vielle et la lyre,

Sanglote en ramoneur, pleure en archange, au choix ;

Mais si d’un bout à l’autre, hélas I on veut le lire,

Il faudra parcourir le Chemin de la Croix.