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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/211

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PROMENADE A TRAVERS LA LANDE 195

Ou suit à l'horizon la fuite des rameurs.

J’aime Thétis, ses bords ont des sables humides ;

La pente qui m’attire y conduit mes pieds nus ;

Son haleine a gonflé mes songes trop timides,

Et je vogue, en dormant, à des points inconnus.

L’amour qui, dans le sein des roches les plus dures,

Tire de son sommeilla source des ruisseaux,

Du désir de la mer émeut ses faibles eaux,

La conduit vers le jour par des veines obscures,

Et qui, précipitant sa pente et ses murmures.

Dans l’abîme cherché termine ses travaux ;

C’est le mien. Mon destin s’incline vers la plage.

Le secret de mon mal est au sein de Thétis.

J’irai, je goûterai les plantes du rivage.

Et peut-être en mon sein tombera le breuvage

Qui change en dieux des mers les mortels engloutis.

Non, je transporterai mon chaume des montagnes

Sur la pente du sable aux bords pleins de fraîcheur ;

Là, je verrai Thétis répandant sa blancheur,

A l’éclat de ses pieds entraîner ses compagnes ;

Là, ma pensée aura ses humides campagnes,

J’aurai même une barque et je serai pêcheur.



PROMENADE A TRAVERS LA LANDE


Fragment


« Terre, Terre, ô combien tes entrailles sont belles !

Et ton flanc abondant ! Heureuses mes prunelles

A qui tu laisses voir en toute intimité

La source et les secrets de ta fécondité !

Bienheureux mes regards, heureuses mes oreilles.

Que ravissent des voix en douceurs non pareilles.

Les merveilleuses voix des êtres qu’en ton sein